J’ai gardé dans ma mémoire les paroles textuelles de cet homme... Elles n’avaient rien, me direz-vous, d’extraordinaire... Soit, mais il les prononçait d’un tel accent que j’en fus bouleversé...
Et je ne fus pas le seul, car Fougeroux demeura béant, et mon père s’approchant:
—Je t’ai compris, citoyen, dit-il à l’homme... Je ne suis pas riche, mais n’importe!... Je prends l’engagement d’équiper et d’armer mon fils, mon garçon que voici, et deux volontaires pauvres... Avant quinze jours ils seront en route.
L’homme enveloppa mon père d’un regard étonnant de douceur et de bienveillance, et lui serrant la main:
—Ah! tu es un patriote, toi, fit-il, et si jamais tu as besoin de moi...
Des clameurs confuses qui s’élevaient de la rue l’interrompirent, et l’employé se penchant vers lui vivement, lui dit:
—C’est encore de ces maudits volontaires... tous les jours il en vient crier devant la porte, et même quelques-uns entrent qui me traitent très mal... Ils prétendent que, puisqu’ils sont enrôlés, on leur doit les moyens de partir...
—Je vais leur parler... dit l’homme.
Il sortit, en effet, de son pas massif, et nous le suivîmes.
Quatre ou cinq cents volontaires au moins étaient massés devant la maison commune, chantant avec une sorte de frénésie le: Ça ira!...