Rien!...

Remué jusqu’en ses profondeurs, jusqu’en ses boues, haletant d’angoisses, dévoré de soupçons, il se débattait dans le vide, triomphant ou consterné, selon qu’un imbécile criait: victoire! ou: sauve qui peut!...

On attendait surtout des nouvelles.

Nouvelles de qui, de quoi, d’où?...

Est-ce qu’on savait!...

Il ne s’était rien passé... n’importe! On voulait le bulletin du néant...

Et de toutes les bornes un orateur surgissait, demandait ce qu’on avait fait, disant ce qu’on eût dû faire, déclarant absurdes toutes les mesures et s’offrant carrément de sauver la patrie, si on voulait avoir confiance en lui...

Voilà comment vers la fin d’août nous étions encore à Paris, Fougeroux et moi et les deux volontaires dont s’était chargé mon père, et qui étaient un serrurier et un clerc de procureur de notre quartier.

Mais que de choses, que d’événements pendant ce mois, qui nous parut, à nous impatients, aussi long qu’un siècle.

Les Marseillais étaient arrivés à Paris, le dix août avait eu lieu, et Danton, selon son expression, avait été porté au ministère par un boulet de canon; Danton, l’homme qui proposait aux enrôlés enragés de combattre, de courir au champ de bataille pour s’y armer des fusils des morts...