Les Marseillais dont je vous parle étaient cinq cents volontaires, qui, pour répondre à l’appel de Barbaroux et de Rebecqui, députés des Bouches-du-Rhône, venaient de traverser la France.
Ils étaient arrivés à Paris le 30 juillet, et il me semble les voir encore à la barrière de Charenton, reçus par deux bataillons de fédérés des départements, et par une députation de Jacobins, ayant en tête Héron, de la Bretagne, et Fournier l’Américain...
Quel fut leur rôle, à Paris, j’étais trop jeune pour le bien comprendre.
Ce que je vis, c’est que ces méridionaux, exaltés par les ovations qui les avaient accueillis tout le long d’une route de plus de deux cents lieues, se laissèrent aller à de certains excès regrettables.
Il y en eut qui, dans les rues, arrachaient aux passants les cocardes de soie tricolore qu’ils portaient au chapeau, les obligeant à y substituer des cocardes de laine.
Puis, un soir, à la suite d’un banquet qui leur avait été offert aux Champs-Elysées, ils dégainèrent et se jetèrent sur des grenadiers de la section des Filles-Saint-Thomas et des Petits-Pères.
Mais il faut tout dire...
Pendant que les Marseillais buvaient au salut de la patrie, et à la victoire de nos soldats, à un restaurant qu’on appelait: Le grand Salon du couronnement de la Constitution, ils avaient entendu partir d’une guinguette voisine, nommée le Jardin royal, des éclats de rire moqueurs et des cris de: Vive le roi!
Cruellement offensés en leur patriotisme, se croyant insultés et bravés, ils avaient brisé les treillages qui séparaient les deux établissements, et une lutte s’était engagée, lutte fratricide, à laquelle applaudissait une héroïne alors aussi célèbre que Théroigne de Méricourt, la fameuse reine Audu.
J’étais aux Champs-Elysées, ce soir-là, avec mon père et mon parrain, et ce n’est pas sans un frisson que je vis ce dernier se jeter au plus fort de la mêlée pour séparer les combattants.