Les volontaires partaient le lendemain au jour, pour marcher à l’ennemi... Le maire de Strasbourg, Diétrich, les réunit à un banquet où vinrent leur serrer la main les officiers de la garnison... Les demoiselles Diétrich et nombre de jeunes filles de l’Alsace, assistaient à ce repas d’adieu, quelques-unes le cœur bien gros et dissimulant mal leurs larmes.
Vers la fin, pendant que se choquaient les verres, on voulut chanter des chants patriotiques... mais lesquels?... Ce n’était pas la sauvage Carmagnole ni le colérique Ça ira! qui pouvaient traduire les émotions de ces convives unis en une communion fraternelle avant d’affronter, au nom sacré de la liberté, les balles de l’ennemi...
On chercha un refrain, et un des volontaires s’écria: «Aux armes!...»
«Aux armes!...» Ces deux mots disaient tout. Un officier de vingt ans, Rouget de l’Isle, s’en empara... Il se précipite dehors et l’instant d’après le visage inspiré par le génie de la révolution, il rentrait en chantant:
Allons enfants de la patrie,
Le jour de gloire est arrivé...
Ce fut comme un éclair du ciel... Ce chant qu’ils entendaient pour la première fois, ils le reconnurent, ils le savaient en quittant la table, ils le répandirent par toute la France, par le monde entier...
Et certes, il était temps qu’il fût trouvé l’hymne de la patrie en danger, le chant qui électrise les bataillons et gagne les batailles...
Les Prussiens avaient marché, pendant le mois d’août...
Le 27, on apprit à Paris qu’ils avaient passé la frontière, qu’ils avaient impitoyablement pendu à Sierck quelques pauvres paysans coupables d’avoir défendu leur pays, et enfin qu’ils s’étaient emparés de Longwy.