—Quoi?...

—Comment, quoi!... vous ne comprenez donc pas ce qui est imprimé là?... La Prusse est comme qui dirait un immense camp retranché, dont chaque ville est une caserne et chaque maison un poste. Tous les Prussiens sont militaires dès la mamelle et passent leur vie à faire l’exercice. C’est un de leurs rois, Frédéric-le-Grand, qui les a organisés comme cela, pour qu’ils pussent un jour conquérir le monde entier... Vous n’avez donc pas vu que ce roi dépensait des sommes immenses pour attirer de tous les coins de l’Europe les hommes les plus grands et les plus forts dont il faisait des grenadiers. Il les forçait ensuite à épouser des espèces de géantes, et obtenait de ces unions des soldats d’une taille et d’une force exceptionnelles. Eh bien! cher monsieur Justin, voilà les troupes qui nous attaquent. Là, de bonne foi, comment voulez-vous que nous leur résistions!

Je ne pouvais m’empêcher de sourire encore que je n’en eusse guère envie.

—Que faudrait-il donc faire, selon vous, cher M. Laloi, demandai-je...

Il rougit légèrement, et avec un embarras visible:

—Dame!... bégaya-t-il, je ne sais pas, moi... Il me semble que si les Prussiens n’étaient pas trop exigeants...

—Halte-là!... interrompit une voix terrible... Vous proposez de capituler?... Rappelez-vous le décret: peine de mort!...

Déjà M. Laloi, épouvanté, s’était précipité dehors, sans avoir eu le temps de reconnaître que c’était mon père qui se moquait de lui.

Malheureusement, tous les alarmistes n’étaient pas de si facile composition.

Et Dieu sait s’il y en avait, de ces gens qui, soit pusillanimité, soit affectation de sagesse, soit enfin on ne sait quel inqualifiable sentiment, prenaient à tâche de semer autour d’eux le découragement...