Qui s’en allaient évoquant de ces terreurs qui enfantent la panique des armées et les grands crimes politiques des peuples au désespoir...

C’était à croire que les Prussiens étaient des ogres, et nous des enfants dont ils n’allaient faire qu’une bouchée.

D’après eux, songer, non pas à vaincre, mais à résister seulement, était folie... Nos armées, ils les diminuaient jusqu’à zéro, multipliant au contraire jusqu’à l’absurde, les bataillions ennemis... Selon leurs calculs, les Prussiens n’étaient plus quatre-vingt-dix mille, mais cinq cent mille, un million, plusieurs millions...

Et ils vous les montraient partout à la fois, sur tous les points du territoire... ici, là, ailleurs encore... Ce n’était plus seulement Longwy qu’ils tenaient, mais deux autres places fortes... toutes nos places fortes...

Hélas!... L’événement sembla donner raison à leurs sinistres prévisions.

Un matin, Paris, à son réveil, apprit que Verdun venait de capituler...

C’est par la relation d’un officier du Maine-et-Loire, qui faisait partie de la garnison de Verdun, que Paris apprit, en même temps que la reddition de la place, les détails de ce nouveau malheur.

Apportée par un courrier qui avait franchi en trente-deux heures les soixante-cinq lieues qui séparent Verdun de Paris, cette relation avait été imprimée dans la nuit, et, dès sept heures du matin, on l’avait distribuée à des vendeurs qui se répandirent par la ville, criant tout le long des rues:

—Achetez ce qui vient de paraître: la capitulation de la ville et de la citadelle de Verdun, contenant l’exposé des faits de guerre et le récit du patriotisme du commandant de place...

Ainsi, du moins, on n’eut pas comme pour Longwy le tourment de l’incertitude.