Circonstance singulière, et qui donna lieu, vous le pensez, à plus d’un jeu de mots, car le nom de ces deux villages traduisait parfaitement la disposition morale du roi et de son généralissime.

Les émigrés qui escortaient les Prussiens s’étaient, eux, installés à Hettange avec les troupes hessoises.

La place de Verdun avait, pour résister à toute cette armée, dix bastions liés entre eux par des courtines, des fossés profonds et quelques ouvrages légers sur les deux rives de la Meuse.

La citadelle, affectant la forme d’un pentagone irrégulier, était entourée d’une fausse braie.

Tous ces ouvrages avaient été laissés en assez mauvais état, mais le commandant de la place, Beaurepaire, était un homme.

Officier de carabiniers sous l’ancienne monarchie, Beaurepaire avait organisé et commandait depuis 1789 le bataillon de Maine-et-Loire.

A la première nouvelle de l’invasion, ces intrépides patriotes n’avaient pas perdu une heure en stériles discussions... Ils avaient traversé la France au pas de course et s’étaient jetés dans Verdun.

Ils avaient si bien le pressentiment que les trahisons dont la Révolution était entourée les vouaient à une mort certaine, qu’ils avaient chargé un député de porter à leur famille leur testament et leurs adieux.

Marié depuis peu de jours, les mains encore mouillées des larmes de sa jeune femme, Beaurepaire n’en était pas moins résolu à une de ces résistances enragées qui illustrent une ville et ses défenseurs.

Ses trois mille cinq cents soldats brûlaient de combattre, et le nom seul des officiers placés sous ses ordres en dit plus que tout les commentaires; ils s’appelaient Lemoine, Dufour, Marceau...