»Mais ce n’est pas assez: il faut envoyer partout des commissaires et des courriers pour engager la France entière à imiter Paris; il faut rendre un décret par lequel tout citoyen soit obligé, sous peine de mort, de servir de sa personne ou de remettre ses armes...»

Il était deux heures, à ce moment.

Le canon venait de commencer à tonner aux quatre coins de Paris; toutes les cloches jetaient au vent les lamentations du tocsin, la générale battait dans les rues...

Danton s’interrompit, levant la main comme pour dire:

—Écoutez...

Et durant plus de deux minutes, il y eut dans l’Assemblée et dans les tribunes publiques un silence solennel, comme celui qui se fait autour du lit d’un agonisant.

Alors, lui, de l’accent d’une indomptable énergie:

«Le canon que vous entendez, s’écria-t-il, n’est pas le canon d’alarme... c’est le pas de charge sur les ennemis de la patrie... Pour les vaincre, pour les atterrer, que faut-il? De l’audace, et la France sera sauvée!...»

Ah! mes amis, ce cri sublime du tragique orateur de la Révolution, pour Paris, pour la France entière, ce fut le cri de la patrie...

Consternée la veille, la grande ville se redressa, saisie d’un désespoir furieux, plus que jamais menaçante et terrible, honteuse de sa panique et résolue à la faire payer cher aux Prussiens...