C’est que chacun de nous ne sentait que trop qu’il s’agissait de bien plus que la vie...
C’était le patrimoine de nos droits et de nos libertés qui allait être l’enjeu de cette suprême partie, ce patrimoine si chèrement acquis, payé de tant et de si immenses sacrifices.
Songer qu’on tomberait sous le fer du vainqueur après avoir subi son insolence, après avoir eu peut-être sa maison en flammes et sa famille outragée, c’était déjà horrible, n’est-ce pas?...
Ce n’était rien, comparé à cette pensée qui nous poignait le cœur, qu’il allait s’éteindre sous le pied des chevaux Prussiens, ce foyer d’une civilisation nouvelle, qui de Paris rayonnait sur le monde.
C’est ainsi que, dans la douleur de ces deux désastres successifs, Longwy et Verdun, la France puisa l’énergie qui devait assurer sa victoire...
Justement, le grand élan qui avait suivi la proclamation du danger de la patrie, s’était insensiblement ralenti...
Beaucoup, qui s’étaient enrôlés, hésitaient à partir... Quelques-uns discutaient la valeur de leur engagement... D’autres, qui ne cessaient de réclamer des armes aux refrains furieux du Ça ira! ne les demandaient certes pas pour voler à la frontière...
La capitulation de Verdun tomba comme de l’huile sur un feu près de s’éteindre... La flamme du patriotisme se ranima plus vive.
Et, de ce jour, je puis le dire, date le grand, le gigantesque effort.
Du matin au soir, Paris prit l’aspect d’une place forte en état de siége.