Des villages se cotisèrent, qui envoyèrent à l’Assemblée des sommes fabuleuses—pour le temps—des trente, des quarante, des cent vingt mille livres—et en or, pas en assignats.
Et cela mieux que tout le reste, vous dit l’universalité du mouvement et sa profondeur, et de quelle fièvre brûlait le cœur de la France.
Un paysan déterrer ses vieux louis lentement et péniblement économisés et les donner? L’héroïsme du sacrifice ne saurait aller plus loin. Quand le paysan a donné son argent, que lui importe son sang, il le prodigue...
Et sur ces listes infinies de dons patriotiques, que d’offrandes touchantes!
Ce sont de pauvres femmes de la Halle, qui apportent un jour quatre mille livres, «produit de la vente de leurs bijoux,» de leurs boucles d’oreilles, sans doute, et de leurs anneaux de mariage.
C’est une mercière de la rue Saint-Denis, qui offre sa croix d’or...
C’est une pauvre veuve qui donne une timbale et un couvert d’argent, reliques précieuses d’un enfant qu’elle a perdu.
C’est encore une jeune fille, une ouvrière, qui vend, pour en verser le prix, dix-huit livres seize sols, un dé d’or dont son fiancé lui avait fait présent...
Pendant ce temps, chaque jour partaient de Paris cinq cents, mille et jusqu’à quinze cents volontaires...
Vingt mille partirent ainsi successivement, et il y en eût eu bien d’autres si on ne les eût retenus...