Croyez-moi, nous étions excusables en 1792.
La France d’alors ne se peut mieux comparer qu’à ce géant qui n’ayant jamais essayé ses forces s’effrayait des menaces d’un enfant.
Nous n’avions expérimenté, nous autres, ni l’ascendant des idées, ni la puissance d’une nation qui combat pour son indépendance et ses libertés.
Nul, d’ailleurs, n’ignorait qu’une force ne vaut qu’autant qu’elle est organisée, réglée, répartie, dirigée...
Et le désordre était partout, nous nous débattions au milieu des ruines.
De l’ancienne monarchie, que nous restait-il? Rien. Ou plutôt elle ne nous avait légué que des embarras et des obstacles. Tous les ressorts étaient disloqués et rompus, de cette machine compliquée qui s’appelle un gouvernement régulier.
Et lorsque tout était à improviser, vous m’entendez, tout absolument, le temps manquait... Ce n’était pas par mois, qu’il nous fallait compter, ce n’était pas par semaines ni par jours... c’était par minutes.
Si encore l’ivresse de la liberté nouvellement conquise n’eût pas égaré les meilleurs esprits!...
Tous ces fédérés, qui arrivaient par centaines et par milliers, avaient fait le sacrifice de leurs intérêts, de leurs affections et de leur vie... nullement celui de leur volonté.
Ils prétendaient n’obéir qu’à eux seuls, c’est-à-dire aux officiers choisis et élus par eux.