...Mais c’est le côté le moins grave et même comique, en quelque sorte, de notre situation, que je vous expose ici...

Ces conscrits qu’effrayait un rhume, qui s’indignaient parce que leurs chaussures les blessaitent, baptisés au feu de Valmy et de Jemmapes, allaient devenir ces grenadiers indomptables qui, vingt années durant, promenèrent à travers l’Europe, dans les plis de notre drapeau tricolore, nos idées d’affranchissement et de liberté.

Nous avions, en 1792, d’autres sujets d’inquiétude.

Si prodigieux avait été le mouvement d’hommes provoqué par les appels de l’Assemblée nationale, que le nombre constituait presque un danger...

L’armée risquait de devenir cohue.

Dans leur empressement d’accueillir quiconque se présentait pour défendre la patrie, les municipalités avaient trop oublié qu’un soldat doit être en état de porter l’arme qui lui est confiée, et de s’en servir avec succès.

Des feuilles de route avaient été délivrées sans discernement ni mesure à un nombre incroyable d’enfants, de vieillards et d’infirmes, qui, bien loin d’être utiles, paralysaient tous les efforts des organisateurs de la défense.

Le 20 août 1792, un mois jour pour jour avant Valmy, Kellermann écrivait aux commissaires de l’Assemblée:

«Si le patriotisme suffisait pour faire mordre la poussière à l’ennemi, je vous dirais que nous pouvons braver l’Europe. Malheureusement, il n’est pas d’enthousiasme, si brûlant qu’on le suppose, qui ne s’éteigne après deux jours de jeûne, et nous jeûnons ici. Les vivres manquent, les bouches inutiles nous ruinent.»

Deux jours plus tard, le même général dépêchait au ministre Servan un courrier extraordinaire avec cette lettre: