«Arrêtez, sans retard, le mouvement des volontaires sur le camp.
»La plupart de ces soldats, sans armes, sans gibernes et déguenillés de la façon la plus pitoyable, ne peuvent ni ne sauraient être de la moindre utilité... Qu’on les lance contre l’ennemi quand tout sera désespéré, j’y consens... Mais en ce moment, il y aurait une barbarie dont je suis incapable, à exposer ces pauvres gens à des coups de fusil qu’ils ne sont pas dans le cas de rendre... Livrés à eux seuls, surtout avec des chefs élus par eux, les volontaires ne peuvent en rien concourir au bien de la chose... J’ai pris le parti de les renvoyer sur les derrières avec des instructeurs qui, en un mois, m’en feront des soldats... En attendant, j’incorpore les meilleurs et les plus solides dans les troupes de ligne, où ils seront incomparables...»
Biron de son côté, écrivait au même Servan:
«Les gardes nationales non soldées forment des troupes admirables, calmes et solides...
»Les volontaires nationaux sont appelés à rendre d’immenses services, et ils sauveront peut-être la patrie, si on parvient à leur persuader qu’ils sont soldats et que tous les devoirs de l’état militaire sont renfermés dans l’obéissance passive... Nous n’en sommes pas là, malheureusement... Leurs officiers, qu’on leur laisse la liberté de nommer, jusqu’au grade de lieutenant-colonel, inclusivement, n’ont sur eux aucune influence...
»Au camp, tout va encore; c’est dans les marches que les inconvénients sautent aux yeux... Les colonnes s’allongent à l’infini, les queues restent dans les cabarets, et j’ai des quantités de trainards en arrière de deux ou trois marches...
»Recruter nos troupes de ligne, par les volontaires, braves et plein d’élan malgré leur insubordination, est le seul moyen que j’imagine de reconstituer très vivement une armée solide...»
Et ce n’est pas tout encore:
Ce flot d’hommes qui se précipitait vers nos frontières envahies, roulait son écume, la lie des populations des grandes villes.
Il se rencontra des volontaires, indignes de ce nom qui s’écartaient de leur bataillon, désertaient leur drapeau, et s’en allaient à l’aventure à travers la France, maraudant le long des chemins, frappant des réquisitions les habitants effrayés des petits villages qu’ils rencontraient.