«Ces malheureux, dit l’emphatique Beurnouville, dans un rapport à Pache, ne sont plus les enfants de l’honneur, mais les compagnons du crime et de la débauche... J’en tiens un certain nombre en prison, et j’ai eu beaucoup de peine à empêcher l’armée indignée d’en faire bonne et prompte justice.»
Si j’entre dans ces détails, mes amis, c’est qu’il faut que la vérité soit connue...
C’est qu’il est irritant aussi de voir la légende se substituer à l’histoire, et d’entendre obstinément déprécier toutes les générations au profit d’une seule.
On ne cesse de répéter:
—Ah! les hommes de 92!...
Les hommes de 92 n’étaient que des hommes, et partout, en tous les lieux et en tous temps, l’homme est semblable à lui-même, incompréhensible amalgame de ce qu’il y a de meilleur et de ce qu’il y a de pire.
Nous avons eu en 92 une page sublime!... S’en suit-il qu’elle doive être la dernière du livre d’or de la France?...
Hélas! si nous eûmes nos splendeurs, nous eûmes aussi nos misères cruellement ressenties... On ne voit plus que les splendeurs, aujourd’hui; à la distance d’un siècle les misères s’effacent... C’est ainsi que dans la nuit on n’aperçoit pas la fumée du feu qui brille dans le lointain...
Mais moi je puis vous affirmer que vers le commencement de septembre 1792, la France désespérait presque d’elle-même...
Après ce grand effort de la levée en masse, après cette explosion terrible de colère. Il y eut une heure d’affaissement et de torpeur...