Hélas! comment eût-on été d’accord sur les moyens, quand on ne l’était pas sur les causes, chaque parti accusant l’autre de trahison.

Enfin, le 30 juin, le député Jean Debry lut à l’Assemblée un rapport sur les mesures à prendre en cas de danger de la patrie.

Accueilli par des applaudissements presque unanimes, le rapport fut mis en discussion et ne tarda pas à devenir l’objet d’une lutte passionnée et qui menaçait de durer longtemps.

Mon père, je l’ai compris depuis, ne se rendait pas bien compte de l’énorme gravité des débats; il s’indignait de ces lenteurs.

—A chaque jour qu’on perd, grondait-il, les Prussiens peuvent faire une étape.

Voilà où en étaient les choses, lorsque, le soir du 2 juillet, juste comme j’aidais nos garçons à mettre les volets de la boutique, je vis arriver le vieil ami de mes parents, M. Goguereau, le député.

—Mon cher Coutanceau, dit-il à mon père, je sais que depuis longtemps vous désirez entendre Vergniaud; il doit prendre la parole demain; si vous le voulez, je viendrai vous chercher, ainsi que le jeune citoyen qui est là,—et il me montrait,—et je vous ferai placer.

Si mon père fut content, et remercia, il ne faut pas le demander.

Dès huit heures, le lendemain, il avait fait faire sa barbe et avait passé son plus bel habit. J’avais mis pareillement mes plus beaux effets, avec une chemise à gros jabot selon la mode d’alors.

A l’heure dite M. Goguereau arriva, et nous partîmes.