»N’avez-vous d’autre manière de prouver votre patriotisme que de demander comme les Athéniens: Qu’y a-t-il de nouveau aujourd’hui? Au camp, citoyens, au camp!...
»Tandis que vos frères arrosent peut-être de leur sang les plaines de la Champagne, ne craignons pas d’arroser de quelques sueurs les plaines Saint-Denis, pour assurer leur retraite!...»
Il n’était pas de citoyen en état de raisonner un peu, qui n’applaudit aux éloquentes et énergiques exhortations de Vergniaud.
Les plus simples comprenaient fort bien que les Prussiens seraient fatalement anéantis jusqu’au dernier, si éblouis de leur facile victoire, ils osaient se hasarder entre Paris devenu un camp retranché et la France entière soulevée et armée autour d’eux, coupant leurs communications, les tuant un à un, et les réduisant à mourir de faim.
«Ils seraient là, écrivait Camille Desmoulins, comme une bande de loups qui se serait aventurée entre les vagues de la marée montante et des falaises inaccessibles.»
Oui, mais il eût fallu faire de ce Paris ce camp retranché imprenable, et c’est ce dont on ne s’occupait pas assez.
On discourait beaucoup, les ingénieurs traçaient des plans et enfonçaient leurs jalons sur le terrain, chacun avait son projet ou son idée, qu’il exposait et discutait avec passion... Seulement rien n’avançait.
Des philosophes expliquaient ces lenteurs et tant d’incurie, en disant que le génie de notre nation est de se précipiter en avant et non de s’immobiliser pour la résistance, que la France est le glaive alerte qui frappe, et non le pesant bouclier qui pare les coups.
Chansons, que tout cela...
Il s’agit bien, vraiment, d’instincts particuliers, quand l’étranger souille le sol de la patrie de son exécrable présence!... L’expulser par tous moyens, l’écraser, l’anéantir n’importe comment, voilà le génie d’un grand peuple et le plus sacré de ses devoirs.