La timidité de plusieurs des administrateurs, chargés des travaux de défense, ne contribuait pas peu à les ralentir.
—D’abord, vous disaient les uns, rien ne prouve que nous serons vaincus dans la grande bataille; il faut espérer que nous ne le serons pas...
Et les autres, d’un ton discret de diplomate, ajoutaient:
—Prendre des mesures énergiques pour la défense de la capitale en cas de malheur est bien difficile... Ne serait-ce pas effrayer la population et lui donner à penser que nous doutons de la vaillance de nos soldats et de la victoire?
A quoi de véritables patriotes répondaient:
—Épouvantez la population, s’il le faut, mais, morbleu! sauvez la patrie. Que craignez-vous? Que les lâches ne s’enfuient? Tant mieux!... Débarrassés des bouches inutiles, nous tiendrons plus longtemps, nous qui resterons, résolus à nous ensevelir sous les ruines de notre ville, plutôt que d’y laisser entrer l’ennemi... Ce n’est pas désespérer de la victoire que de prévoir un revers... Creusez donc nos fossés profonds comme des abîmes, élevez nos remparts plus haut que nos clochers; faites, s’il le faut, dix lieues de désert autour de Paris.
Tout cela ne remuait pas une charretée de terre.
Chose étrange, à une époque où, par suite de la suspension de toute industrie, tant de gens mouraient de faim, ce n’est qu’à grand peine qu’on trouvait des ouvriers pour le camp retranché.
C’est alors que Vergniaud, voyant le peu de résultat de son discours, résolut de prêcher d’exemple.
Un matin, les flâneurs qui venaient quotidiennement inspecter l’état des travaux, furent tout surpris de voir arriver le grand orateur de la Gironde, accompagné de deux de ses collègues de l’Assemblée nationale.