Ils mirent habit bas, et s’armant chacun d’une pioche, ils commencèrent à creuser un fossé, tracé depuis longtemps par les ingénieurs... Et toute la journée ils travaillèrent aussi rudement que le dernier des manœuvres.
Si bien que le bruit de cet événement s’étant répandu dans Paris, il vint, entre midi et six heures, plus de trente mille personnes pour voir de leurs yeux.
Mon père, Fougeroux et moi, fûmes, je dois l’avouer, de ces curieux...
Mais quand nous reconnûmes Vergniaud et les deux députés ses amis, remuant la terre, le visage tout en sueur, la honte nous saisit, et sautant sur une bêche, nous allâmes travailler à côté d’eux...
Des milliers de patriotes nous imitèrent, l’élan était donné.
Singulier peuple que nous sommes!... Donner un coup de main aux fortifications devint une fureur, une rage... une mode, enfin!
On allait en partie de plaisir piocher à la tranchée, rouler la brouette ou planter des palissades... C’était le ton, comme autrefois de se montrer à Longchamps dans un carrosse...
Tout Paris voulut être ouvrier volontaire au camp retranché. On y put voir ce qui restait de muscadins et de femmes à la mode; car les femmes s’en mêlèrent. Un jour, toute la Comédie Française y vint, Fleury et Louise Contat en tête.
Ce qui manquait, c’était les outils, ils ne manquèrent pas bien longtemps...
Des industriels élevèrent quantité de petites baraques, où ils vendaient des pelles et des pioches patriotiques.