Des guinguettes aussi s’établirent, où on venait se rafraîchir et même déjeuner et dîner après avoir joué au terrassier.

Tout cela n’empêchait pas l’angoisse publique de devenir plus poignante, à mesure qu’on sentait approcher le moment où serait livrée la bataille décisive...

Ah! si nous n’avions eu que les Prussiens à craindre!...

Mais en 1792, mes amis, la France avait contre elle l’Europe entière, car les rois qui ne lui faisaient pas ouvertement la guerre conspiraient sourdement sa ruine.

Le choc terrible qui venait de renverser Louis XVI, avait si terriblement ébranlé tous les trônes, que tous les monarques de l’Europe s’étaient coalisés pour étouffer en son berceau, la France, cette révolution qui émancipait les peuples...

Nos frontières du Nord étaient forcées, nos frontières du Midi étaient menacées, l’ennemi était partout, de tous côtés...

Les Prussiens, enivrés de leurs succès de Longwy et de Verdun, s’avançaient en Champagne... Mais les Autrichiens étaient, eux aussi, entrés en France, et Luckner, un de nos généraux, avait été forcé d’abandonner les positions qu’il occupait à Longeville, près de Metz, pour essayer de les arrêter...

Jamais aucun peuple, en aucun temps, ne fut si près de sa perte que nous l’étions... S’ils eussent triomphé, les coalisés nous destinaient le sort qu’ils firent peu après subir à la malheureuse Pologne... Avant d’entrer en campagne, ils avaient tiré au sort entre eux nos dépouilles futures, l’Alsace, la Lorraine et la Franche-Comté. C’était la peau du lion endormi qu’ils se partageaient... et le lion allait se réveiller.

A l’époque dont je vous parle, cependant, les Prussiens seuls causaient nos angoisses.

Ils étaient, nous le savions, nos ennemis les plus acharnés et les plus avides. Leur armée était la plus nombreuse... Enfin ils étaient en Champagne, aux portes de Paris...