Chaque jour, des lettres arrivaient des officiers de notre armée, que les journaux reproduisaient, et qui nous apprenaient à connaître ces insolents envahisseurs...

Frédéric-Guillaume II, leur roi, qui avait recueilli la succession du grand Frédéric, était alors âgé de quarante-huit ans...

Implacable adversaire de la Révolution française, il était d’autant plus dangereux que la faiblesse de son caractère, son goût immodéré pour le plaisir, ses superstitions grossières et ses velléités de gloire le livraient aux intrigues d’indignes favoris ou de courtisanes effrontées.

Son confident le plus influent n’était autre que Rietz, son valet de chambre, et le mari complaisant d’une de ses maîtresses, Wilhelmine Encke, celle qui reçut plus tard le titre de comtesse de Lichteneau...

Son autre conseiller intime était Rodolphe de Bischofswerder... Celui-là était son rose-croix, un chef d’illuminés, qui devait son influence à des scènes de sorcellerie. Quand Frédéric-Guillaume avait soupe, Bischofswerder lui faisait apparaître des fantômes, l’ombre de César, par exemple, qui prédisait au roi de Prusse l’empire de Charlemagne.

Sans répudier la reine sa femme, sans éloigner Wilhelmine Encke, Frédéric-Guillaume II avait épousé en plein soleil la comtesse d’Enhof. Il est vrai qu’en même temps qu’il leur donnait ce scandale inouï, il imposait à ses sujets l’édit de conscience, qui avait la prétention de réformer l’enseignement religieux.

Tel était Frédéric-Guillaume II, tel était ce souverain qui, tout enflammé de l’espoir d’une proie magnifique, s’avançait au cœur de la France...

Et certes, il ne doutait pas du succès, d’un succès prompt et glorieux.

Comment en eût-il douté, après tous les témoignages de servile admiration dont il s’était vu l’objet.

Son voyage, de Berlin jusqu’à notre frontière, n’avait été qu’une longue marche triomphale.