Partout, des acclamations requises le saluaient victorieux avant le combat; les maisons se tapissaient de drapeaux, on jonchait la route de bouquets et de lauriers.

A Erfurth, où il avait couché une nuit, des illuminations et des feux d’artifice avaient célébré son arrivée... Aux portes de la ville, on lui avait élevé un arc de triomphe et il y avait pu lire cette inscription due à l’ingénieuse courtisanerie d’un de ses favoris:

A FRÉDÉRIC-GUILLAUME II
Qu’il vive, pour sa gloire
Il anéantira les Français

Anéantir les Français, s’emparer de leurs provinces!... Quel rêve pour un roi de Prusse, pour le chef de la nation de proie, pour l’héritier des traditions de conquête à tout prix, par la force ou par la ruse, per fas et ne fas du grand Frédéric!...

Et ce rêve splendide, l’entourage de Frédéric-Guillaume prenait à tâche de l’entretenir.

Circonvenues par l’or de la coalition, ses maîtresses le poussaient vers la France.

Rietz, son valet de chambre et son confident, lui garantissait la victoire.

N’avait-il pas entendu l’illuminé Bischofswerder, au moment de l’entrée en campagne, dire, après une revue, aux généraux réunis:

«N’achetez pas trop de chevaux, messieurs... La comédie ne durera pas longtemps... Déjà les fumées de la liberté se dissipent à Paris... L’armée des avocats sera bientôt anéantie, et nous serons de retour dans nos foyers pour l’automne...»