Il faut ajouter encore qu’autour du roi de Prusse se pressaient les émigrés, si remuants, si exigeants et si pleins de jactance que l’empereur d’Autriche les avait éloignés de son quartier général.
Quel rôle jouaient-ils, ces nobles qui avaient abandonné aux Tuileries le roi et la reine, pour courir implorer contre la Révolution l’aide et l’assistance de l’étranger? Ils ne le comprenaient pas.
Ce que l’étranger exigerait de la France après une invasion victorieuse, quand ils lui tiendraient l’épée sous la gorge, les émigrés ne se le demandaient pas. Peut être avaient-ils pris pour argent comptant ces hypocrites protestations de désintéressement dont les envahisseurs masquent toujours leur avidité.
Ou plutôt, non: les émigrés ne songeaient qu’à la restauration de leurs priviléges, à leurs intérêts compromis, à la satisfaction de leurs convoitises, de leurs rancunes et de leurs mesquines ambitions.
Ils promettaient monts et merveilles à Frédéric-Guillaume... Ils lui promettaient à Paris une guerre civile qui tendrait la main à l’invasion.
A les entendre, la France les appelait de tous ses vœux, ils y avaient laissé un parti puissant obéissant à un mot d’ordre, un parti qui, dès le premier signal, se lèverait, troublant la paix des villes et la discipline des armées, prêt à trahir la patrie au profit de l’étranger, de l’ennemi...
Fiers de leur nombre, car ils étaient plus de vingt mille... Fiers de leurs régiments de cavalerie, qui portaient l’habit bleu des gardes du corps, le gilet rouge, la culotte de nankin et la cocarde blanche et noire, les émigrés disaient qu’à eux seuls ils réduiraient la Révolution.
L’armée française ne les troublait guère. Ils n’avaient pas assez de quolibets pour ce «ramassis de tailleurs et de savetiers,» comme ils disaient.
Et ils sollicitaient l’honneur de marcher à l’avant-garde de l’armée prussienne, l’honneur de la guider à travers la France pour lui ouvrir la route et provoquer les trahisons...
Frédéric-Guillaume n’avait pas besoin de leurs tristes services pour être exactement informé de tout ce qui se faisait chez nous.