S’il acceptait la complicité des émigrés, s’il se réjouissait d’en profiter, il comptait plus encore sur les émissaires à sa solde.

Suivant en cela des traditions nationales, que la Prusse a bien perfectionnées depuis, il avait fait précéder son invasion d’une avant-garde plus dangereuse pour nous que des batteries d’obusiers.

De la frontière à Paris, les espions prussiens s’étaient abattus en nuées, comme des sauterelles.

On en trouvait partout, aux sections, dans les clubs et jusque dans les tribunes de l’Assemblée nationale.

Avec une audace et une obstination incroyables, ils se faufilaient à travers tous les obstacles. Nos arsenaux, nos magasins d’équipements n’avaient pas de secrets pour eux. Tous les travestissements leur étaient bons, dès qu’il s’agissait de lever le plan de nos forteresses ou de vérifier l’état de nos armements.

On en arrêta sur les routes, en train de compter les volontaires qui passaient pour rejoindre l’armée.

Mêlés au rebut de la population, ils organisaient le tumulte de la rue. Répandus dans tous les quartiers, ils promenaient partout, à la même heure, les mêmes fausses nouvelles. Alarmistes par excellence, ils épouvantaient les lâches en énumérant les forces irrésistibles, assuraient-ils, de l’armée prussienne, prêchant l’inutilité de la résistance et les avantages d’une prompte soumission à un vainqueur généreux.

Et on n’élevait pas un épaulement au camp de Paris, on n’y creusait pas un fossé que Frédéric-Guillaume n’en reçut le dessin...

C’est à ce point que Lanverdale affirme dans ses mémoires, qu’entre Paris et le quartier général du roi de Prusse, un service de courriers était organisé, plus rapide que celui qui mettait en communication notre armée et l’Assemblée nationale...

Et cependant, vous pouvez m’en croire, à ce métier d’espion pour le compte de S. M. le roi de Prusse, en 92, on jouait gros jeu...