«J’ai parmi mes troupes, écrivait Kellermann désespéré, un millier de scélérats qui n’attendent qu’un coup de fusil pour se débander et répandre partout la panique, au cri de: sauve qui peut, nous sommes trahis!...»

Si seulement cette chétive armée, notre suprême ressource et notre unique espoir eût été réunie en une seule masse!...

On eût pu la lancer à la rencontre de la formidable colonne des Prussiens ou la rappeler en arrière pour couvrir Paris.

Mais non!...

L’impéritie, la faveur, le désir de fournir à beaucoup l’occasion de se distinguer, l’espoir de s’assurer des créatures en distribuant des commandements, et plus que tout cela encore, peut-être, la crainte de donner trop de prépondérance à un général, avait fait étendre, sans raison, ni mesure, disséminer, émietter nos forces.

A Lille, à Maubeuge et au camp de Maulde, nous avions trente mille hommes dont la mission impossible à remplir, assurément, était de couvrir nos frontières du Nord et des Pays-Bas...

Vingt-trois mille campaient à Sedan.

Vingt mille formaient un corps d’observation à Longeville, appuyés sur Metz.

Nous en avions enfin de trente à trente-cinq mille, tant à Landeau que disséminés par toute l’Alsace.

C’était en tout cent mille soldats, étendus sur un territoire immense, sans communications entre eux, sans direction, sans plan, et dont la présence à la frontière était bien inutile, puisque Brunswick avait forcé leurs lignes, qu’il était déjà hors des atteintes de la plupart d’entre eux et qu’il s’avançait en plein cœur de la France.