Et de tout les généraux, nul n’avait assez d’autorité, une supériorité assez unanimement reconnue, assez de dévouement ou d’audace pour s’emparer sous sa responsabilité d’une situation si périlleuse.

Je dois ajouter que les troupes campées à Sedan n’avaient même pas de chef du tout.

Leur général, l’homme au cheval blanc, celui que Mirabeau appelait Cromwel-Grandisson, et d’Antraigues, «le nageur entre deux eaux,» Lafayette enfin, venait de passer à l’ennemi.

Du jour où il vit que jamais il ne parviendrait à se tailler un fauteuil de dictateur dans les débris du trône qu’il avait tant contribué à renverser, la Révolution lui fit horreur.

Et le 21 août, abandonnant ses soldats, il monta à cheval, et suivi de presque tous ses officiers-généraux, il franchit les avants-postes et se rendit aux Autrichiens.

Mais il est des hommes que leur chance heureuse protége contre eux-mêmes...

Les Autrichiens qui eussent dû faire grand accueil à Lafayette, le mirent en prison et le gardèrent plusieurs années dans les cachots de Magdebourg et d’Olmutz...

Si bien que l’intérêt de la persécution s’attachant à sa personne, fit oublier l’odieux de son action...

Quoiqu’il en soit, Lafayette venant de passer aux Autrichiens, il n’y avait pas à songer à l’opposer à Brunswick.

Beurnonville, Moreton et Duval, qui commandaient à Maulde, à Maubeuge et à Lille, n’offraient pas, quelque fût d’ailleurs leur talent militaire, les garanties qu’en exige d’un général en chef.