Kellermann ne s’était pas encore révélé.
Custine, alors en Alsace, était déjà suspect.
Restait le maréchal Luckner, commandant le corps d’armée de Metz, qui offrait cet avantage d’être étranger,—il était Hanovrien,—et de n’appartenir à aucun des partis qui se disputaient le pouvoir.
Luckner ne manquait pas d’esprit, mais son âme était petite. Il était d’une avarice sordide et sans éducation. Parvenu au sommet de la hiérarchie militaire, son penchant et ses habitudes le ramenaient toujours à un rôle subalterne. Par exemple, le grand air de Lafayette lui avait toujours imposé prodigieusement.
Il avait encore l’activité corporelle d’un hussard, mais ses idées étaient des plus confuses.
De tout le plan de la campagne des Pays-Bas, qui lui avait été confiée, il n’avait jamais pu se loger dans la tête que l’avant-garde, et à toutes les explications du ministre de la guerre, il n’avait su que répéter de son accent tudesque:
—«Oui, oui, moi tourne par la droite, moi tourne par la gauche et marcher vite.»
Et dans le fait de cette expédition des Pays-Bas, qui, bien conduite, eût peut-être détourné le torrent de l’invasion prussienne, Luckner n’avait fait qu’une «housardaille.»
Ce qui l’effrayait, c’était le train de son armée et des équipages. C’était son objection à tous les mouvements qu’on lui proposait.
Général d’armée, il aurait volontiers passé toute la campagne dans son camp de Metz, et serait allé de sa personne faire la petite guerre.