Ce qui est sûr, positif, indiscutable, c’est que tel jour Dumouriez a sauvé la patrie.
Des hommes de son temps, qui vivaient dans son intimité et qui ont eu sa confiance, racontent qu’il portait en lui le pressentiment de quelque grande tâche à remplir.
Et eux étaient persuadés qu’il saurait hausser son génie au niveau des plus grandes et des plus difficiles circonstances.
Doué des aptitudes les plus diverses, brave comme son épée, prodigieusement instruit, entreprenant, spirituel, habile, dévoré d’ambition et assoiffé de renommée, Dumouriez semblait fait pour arriver à tout, et pour y arriver très vite et d’un seul bond.
Il n’en fut pourtant pas ainsi.
Jusqu’à la Révolution, il languit dans les grades subalternes ou dans les emplois diplomatiques à peine avoués et qui ont une teinte d’espionnage.
Allez, ce serait une histoire curieuse et étrangement mouvementée que celle de cet homme si éminemment supérieur, dont la vie jusqu’à cinquante-six ans, s’usa à se débattre contre une fortune qu’il sentait bien n’être pas à sa taille, déployant à écarter de son chemin des toiles d’araignée une énergie à déplacer des montagnes.
C’est qu’entre ses rêves et leur réalisation, un obstacle se dressait, qui était presque infranchissable alors: sa naissance.
Dumouriez était noble, mais de très petite noblesse de robe, et, avant 1789, grades, cordons, faveurs étaient le patrimoine exclusif de la noblesse de cour.
Né à Cambrai, en janvier 1739, d’une vieille famille parlementaire de Provence, Charles-François Dumouriez dut à son père, commissaire des guerres, le plus honnête des hommes, mais un parfait original, une éducation supérieure.