Tristes et pénibles furent ses premières années. Jusqu’à sept ans, il demeura comme noué, traîné sur une chaise roulante et emmaillottée de fer.
Il fût mort, dans cette armure barbare où l’emprisonnaient l’ignorance des médecins, sans un digne chantre de la cathédrale de Cambrai, qui, en ayant pitié, l’emporta chez lui, le délivra, le soigna, et fit de l’être chétif et à peine viable, un robuste garçon capable de supporter les plus grandes fatigues.
A dix-sept ans, après trois ans passés au collége Louis-le-Grand, il avait si bien oublié les infirmités de sa première enfance, qu’il voulait à toute force entrer chez les jésuites pour devenir missionnaire et avoir ainsi l’occasion de voyager, de dépenser son besoin d’activité, de braver des périls inconnus.
Cette «vocation» ne persista pas...
La guerre de sept ans ayant été déclarée, il suivit son père qui venait d’être nommé intendant de l’armée, qui sous les ordres du maréchal d’Estrée, devait opérer en Hanovre.
Apprenti commissaire des guerres, Dumouriez trouvait là l’occasion de s’initier à tous les détails de l’administration militaire, administration modeste, assurément, mais dont dépendent les armées... et la victoire;
A ses heures de liberté, il recevait les leçons d’un chef d’état major de grand talent, M. de Montazet, qui l’avait pris en amitié et s’en faisait aider dans ses importantes et délicates fonctions.
Mais on ne tarda pas à se battre près de Brême, où se trouvait alors Dumouriez... L’odeur de la poudre lui monta à la tête.
Il quitta un moment la plume pour le mousquet, et se mêlant à une compagnie de grenadiers de la légion royale, il chargea l’ennemi et reçut sa première blessure avec une demi-douzaine de balles dans ses habits.
La bataille venait de lui révéler sa véritable vocation.