C’est pourquoi, sans rien dire à son père de son projet, un beau matin il s’engagea dans le régiment d’Escars, celui qui portait cette devise sur son étendard: fais ce que dois, advienne que pourra.
Après ce beau coup, il rentra l’oreille un peu basse, redoutant une semonce paternelle. Point.
—Tu as bien fait de suivre tes goûts, dit simplement son père.
Alors, lui, radieux:
—J’entre tard au service, s’écria-t-il, mais je ne perdrai pas de temps. Je vous jure qu’avant quatre ans je serai chevalier de Saint-Louis ou mort...
Et il partit pour rejoindre, en Basse-Normandie, le régiment d’Escars, où il entrait comme simple cavalier...
Il n’avait pas oublié la parole donnée à son père, et bientôt, à sa conduite, il fut aisé de voir qu’il la tiendrait.
Envoyé en Allemagne, on le vit à la suite d’un combat perdu par l’infatuation du chevalier de Müy, rallier autour de l’étendard de son régiment les escadrons décimés et débandés, sauver une batterie de cinq pièces, et couvrir la retraite et le passage difficile d’une rivière de toute une brigade.
Il avait eu un cheval tué sous lui et avait reçu deux blessures...
Savez-vous, mes amis, quelle fut sa récompense, pour cette action d’éclat où il avait à vingt ans fait preuve du plus admirable sang-froid?... Écoutez, car ceci, mieux que tout, vous dira les difficultés de cette étonnante carrière.