Cette prétention fit bondir Dumouriez, et, avec une brusquerie toute militaire, il répondit que la place de madame Roland était dans son salon dont «elle faisait les honneurs comme personne.»
Rien ne pouvait blesser plus profondément une femme qui était l’incarnation même de la vanité, la virilité de son mari et l’Egérie pieusement écoutée d’un grand parti politique.
Elle se vengea en répétant à qui voulait l’entendre que Dumouriez avait l’esprit délié mais le regard faux, et qu’il serait prudent de s’en défier... Qu’il avait de l’esprit et de la bravoure, qu’il était bon général et capable de grandes entreprises, mais qu’il manquait absolument de caractère et de moralité.
Elle le déclarait «plaisant avec ses amis, mais prêt à les tromper tous, galant auprès des femmes, mais peu propre à réussir près de celles qu’un commerce tendre séduit.»
Enfin elle lui reprochait d’avoir trop d’aptitudes pour les intrigues ministérielles d’une cour corrompue, et de s’être fait le courtisan du roi jusqu’au point de descendre à le recréer en lui contant des gaillardises.
Madame Roland, vous le voyez, quand elle entreprenait un ennemi, elle n’y allait pas de main morte.
Seulement, elle se trompait: ce n’était pas par des gaillardises que Dumouriez avait séduit Louis XVI—jamais monarque ne fut moins gaillard—mais par une sorte de franchise brutale, bien affectée à coup sûr, car il était la politesse même.
Dès la première entrevue, il prit vis-à-vis du roi l’attitude d’un homme qui ne mâche pas la vérité, comme on dit, et il la mâcha si peu, qu’après son départ, le roi stupéfait s’écriait:
—Jamais je n’avais rien entendu de pareil.
Reçu par la reine, il continua si bien ce même rôle, que l’altière Marie-Antoinette rougissant de colère, s’écria: