—Prenez garde, monsieur!... vous êtes tout puissant en ce moment, mais cela ne durera pas.

Cette explosion qu’il avait provoquée, ne fit rien perdre à Dumouriez de son sang-froid, et il mena si habilement le reste de l’audience, qu’il se flattait, en se retirant, de posséder l’entière confiance de la reine...

Cependant Dumouriez, l’infatigable rédacteur de mémoires, arrivait au ministère avec tout un plan de réformes en tête.

Lui, qui, depuis trente ans, avec l’ardeur de l’ambition souffrante, avait tout étudié, la diplomatie, l’administration, l’armée, l’intérieur et l’extérieur, il voyait partout des améliorations à introduire, jugeant que pour que la machine politique continuât à fonctionner, il était indispensable de modifier les institutions dans le sens de la Révolution...

Enfin, lui qui avait tant enfanté de projets, il allait quitter le domaine des théories pour celui de la réalité.

C’est vous dire qu’il se mit à l’œuvre avec cette dévorante activité, qui était un des traits essentiels de son génie, travaillant jusqu’à effrayer ses employés obligés, bon gré malgré de l’imiter quelque peu.

Debout à quatre heures, à cinq il était dans son cabinet; à six, son secrétaire général, Bonne-Carrière, venait travailler avec lui. A onze heures, commençaient les rendez-vous et les audiences qui étaient son désespoir, à cause du temps qu’il y perdait... A quatre heures, il se mettait à table. A quatre heures et demie, il rentrait dans son cabinet, et n’en sortait qu’à minuit ou une heure, pour souper ou se coucher...

Les jours de conseil ou de séance nécessaire à l’Assemblée ou au comité diplomatique lui apportaient un surcroît de besogne...

Il est vrai qu’un fardeau déjà si lourd à ce moment, du ministère des affaires intérieures il joignait celui du ministère de la guerre, dont le titulaire, Degrave, n’avait aucune expérience des armées.

C’était donc Dumouriez qui, au vu et au su de tout le monde, réglait le mouvement des troupes et l’avance des officiers supérieurs, qui surveillait le service des places fortes et dressait les plans de campagne...