Luckner convint de tout, jura après les officiers dont il subissait les inspirations, les traita d’intrigants et de factieux, pleura et jura que tout allait prendre désormais une face nouvelle.

Et en effet, pendant le dîner où il avait prié Dumouriez de rester, il tança vertement ses aides de camp Lameth et Montmorency.

Le résultat de cet acte d’autorité fut que le lendemain, pour la première fois après huit ou dix jours, Berthier vint rendre sa visite au général Dumouriez, auquel il devait son avancement, et qui lui dit sérieusement, mais avec bonté, qu’il était temps de finir cette comédie et de penser à faire la guerre...

Malheureusement Luckner n’était pas homme à vouloir la même chose huit jours de suite.

Ses aides de camp reprirent leur empire sur lui et Dumouriez, après une seconde explication très orageuse, reçut l’ordre de partir sous les vingt-quatre heures pour aller prendre le commandement du camp de Maulde.

Ce camp, devenu fameux depuis, était destiné à couvrir les plaines si riches et les prairies qui s’étendent entre Lille, Douai, Valenciennes et Condé.

Seulement, il répondait mal à son importante destination.

Excellent pour dix ou douze mille hommes, il était des plus dangereux pour les dix ou douze bataillons qui s’y trouvaient et qui risquaient incessamment d’être tournés ou coupés.

Le général que venait remplacer Dumouriez avait bien couronné les hauteurs voisines de sept redoutes et élevé, en avant de Maulde, quelques mauvais ouvrages en terre, mais il n’y avait pas au camp assez de troupes pour défendre des fortifications si faibles qu’elles pouvaient être enlevées à la baïonnette.

Du premier coup d’œil Dumouriez vit bien qu’on l’avait envoyé là non-seulement pour se débarrasser d’un censeur incommode, mais aussi avec l’espoir qu’il y recevrait quelque échec. Il le manda même à quelques personnes à Paris, afin que, si un événement malheureux arrivait le blâme ne tombât pas sur lui seul.