Pour commencer, il s’établit à Saint-Amand et envoya quelques observations au maréchal Luckner. Mais, bien loin de lui accorder les renforts qu’il demandait, le maréchal ne daigna pas lui répondre.

Voyant que bien décidément on l’abandonnait à lui-même, Dumouriez quitta Saint-Amand et vint s’établir au camp, gagnant ainsi l’amitié des soldats, qui le voyaient partager leurs privations et leurs fatigues.

Il établit des communications réglées avec les généraux qui commandaient Douai et Lille, et il alla même les trouver pour concerter des mouvements combinés en cas de besoin.

Il figura par des petits postes la chaîne des grands postes qui auraient été nécessaires pour couvrir cette frontière. Il fit élever des batteries à la tête de la ville de Saint-Amand, et il rendit plus vive la petite guerre contre Tournay, Bury et Leuze, pour faire croire qu’il était en forces. Enfin, il fortifia Orchies, et y plaça un bataillon emprunté à la garnison de Douai.

Comme de raison, il rendait compte de toutes ces dispositions à Luckner, qui les approuvait.

Cependant, il poursuivait toujours sa petite guerre, et il y obtenait des succès dont on parlait d’autant plus que c’était le seul point par où l’ennemi ne pénétrait pas encore sur notre territoire et où nous soutenions encore l’offensive.

Partout ailleurs, et jusqu’aux alentours de nos armées, des hordes faméliques et pillardes de uhlans ravageaient le pays, mettant à sac les villages, incendiant les fermes isolées, massacrant les habitants sans défense; se conduisant enfin en bandits de grande route plutôt qu’en soldats d’une nation qui se piquait de civilisation.

C’est ainsi que, par des alertes continuelles et par des combats de chaque jour, Dumouriez habituait les troupes du camp de Maulde à une exacte discipline.

C’est ainsi qu’il leur donnait cet entrain à l’attaque et cette solidité sous le feu qui les distinguèrent tant que dura la campagne.

On avait cru lui nuire; on lui fournit simplement l’occasion de montrer des qualités de patience qu’on ne soupçonnait guère chez un homme qui était tout de premier mouvement.