Il est vrai que, tout en faisant fonction «d’officier instructeur»—car c’est ainsi qu’il se qualifiait,—Il travaillait à un projet d’invasion dans les Pays-Bas. Porter la guerre chez l’ennemi qui l’avait apportée chez nous, et le forcer ainsi à évacuer notre territoire était chez lui une idée fixe.
«Plus j’étudie la question sur le terrain même, écrivait-il à un de ses amis de Paris, plus je me persuade que le plan de campagne dicté par moi au commencement de la guerre était le bon.
»Impéritie ou mauvaise volonté, les généraux ne l’ont pas suivi, le déclarant impraticable...
»Il y faudra bien revenir, et j’envoie à ce sujet des notes au ministre de la guerre...»
Lui-même devait le reprendre plus tard, ce plan de campagne, et en démontrer l’excellence par le succès... Mais alors, disgracié et sans influence, il ne pouvait que s’indigner de voir des incapables, laisser échapper l’occasion qu’il eût été si prompt à saisir... Et, comme toujours, son indignation se répandait en projets et en notes.
—Toi, lui disait en plaisantant son ami Beurnonville, plutôt que de ne pas rédiger des mémoires, tu en rédigerais pour Dieu le père, sur l’art de gouverner le Paradis.
Il est vrai que, de ses jours de mauvaise fortune, Dumouriez avait conservé le secret de tout faire concourir à la réussite de ses plans.
On en peut voir l’exemple passablement romanesque au camp de Maulde même.
Dans le village de Mortagne, vivait un greffier nommé Fernig, qui avait été maréchal-des-logis de hussards.
Ce greffier avait cinq enfants: un fils, qui était officier dans un des régiments de Dumouriez, et quatre filles.