Deux de ces filles, âgées l’une de vingt-deux ans, l’autre de dix-sept, petites, délicates, bien élevées et modestes, avaient suivi plusieurs fois les détachements du camp de Maulde qui allaient en reconnaissance et avaient fait bravement le coup de feu.
L’une d’elles, la plus jeune, était-elle, comme on l’a dit, la maîtresse de Dumouriez?... Le bruit en courait si bien au camp, que les soldats ne l’appelaient jamais que la générale. Lui l’a toujours nié.
Ce qui est sûr, c’est que la bravoure de ces deux héroïnes lui servit à exalter le courage de nos de ses troupes. Comment un grenadier eût-il pu concevoir la pensée de reculer, quand il voyait deux jeunes filles s’élancer en avant sans souci de la fusillade!...
Les demoiselles Fernig devinrent même si célèbres que la Convention leur accorda une pension, et qu’un représentant en mission à l’armée écrivait dans un de ses rapports:
«Elles se sont distinguées dans toutes les actions, et se sont montrées plus extraordinaires encore par leur pudeur et leur vertu que par leur courage... Les soldats ont pour elles autant de respect que d’amitié, et on ne saurait trop proposer ces belles patriotes pour exemple à nos jeunes volontaires...»
Malheureusement nos autres généraux étaient loin d’avoir le génie de Dumouriez et de comprendre comme lui leur devoir.
C’est en ce moment où chacun aurait dû rester à son poste pour défendre la partie des frontières qu’il avait reconnues avec des troupes pareillement accoutumées au pays, que le ministre de la guerre et le maréchal Luckner arrangèrent le mouvement le plus extraordinaire et le plus dangereux: c’était de transporter le maréchal Luckner à Metz, et de faire venir à Valenciennes l’armée de Metz.
Ce mouvement dégarnissait pendant plusieurs jours les frontières et affaiblissait les deux armées par une marche de quatre-vingt lieues en plein mois de juillet.
Une combinaison politique qui n’aboutit pas, pouvait seule l’expliquer.
Quoiqu’il en soit, le 10 juillet, pendant que Dumouriez était occupé à faire tracer différents petits ouvrages pour les fortifications d’Orchies, il reçut un courrier de Luckner qui lui ordonnait de se rendre sur-le-champ à Valenciennes.