Il partit en toute hâte.
Le maréchal lui fit le meilleur accueil, et non sans un certain embarras lui apprit le mouvement qui devait commencer, dès le lendemain à la pointe du jour.
Puis, sans laisser à Dumouriez le temps d’ouvrir la bouche:
—Je laisse ici, ajouta-t-il, en manière de correctif, toute mon arrière-garde, composée de six bataillons et de cinq escadrons... Je ne touche ni au camp de Maulde ni aux garnisons de Maubeuge et de Dunkerque... Le tout forme un effectif assez considérable pour parer à toutes les éventualités pendant les huit ou dix jours que dureront les marches... Vous garderez le commandement de toutes ces troupes et du département du Nord, jusqu’à l’arrivée du général Dillon à qui vous aurez à le remettre.
Dumouriez avait toutes sortes de raisons pour être blessé de servir sous les ordres de Dillon, officier de mérite, d’ailleurs très brave et très loyal, mais dévoré d’ambition et trop fougueux pour rien ménager.
Cependant il ne laissa rien paraître de son mécontentement, disant simplement au maréchal Luckner qu’il obéirait, mais qu’il jugeait le mouvement horriblement dangereux et fort capable d’amener quelque désastre...
Peu s’en fallut que l’événement ne lui donnât raison.
Les Autrichiens, alors à Tournai, n’eurent pas plutôt appris par leurs espions le départ de Luckner, qu’ils formèrent un petit corps d’armée de cinq mille hommes, lequel alla tomber sur Orchies, où se trouvait un bataillon de volontaires de la Somme avec ses deux pièces de campagne et trente dragons...
C’est avec un élan terrible que les Autrichiens attaquèrent par deux portes, du côté de Douai et du côté de Lille.
On n’avait pas encore eu le temps d’élever les différents ouvrages de défense ordonnés par Dumouriez.