Son camp de Maulde lui parut encore la meilleure position.

Il y installa tout son monde, fit élever de nouveaux ouvrages de terre, et se remit de plus belle à inquiéter l’ennemi, en attendant l’arrivée de Dillon qu’il appelait de tous ses vœux.

Dumouriez l’a avoué depuis: jamais à aucun moment de sa vie tant agitée, il ne s’était senti si près du découragement.

Tout avenir lui semblait irrévocablement fermé. Ses ennemis venaient d’arriver au ministère, et il se savait également haï des deux partis qui se disputaient le pouvoir.

Lui qui avait la conscience de sa valeur, il se voyait condamné pour la vie à servir en sous-ordre et à obéir à des généraux sans capacité et sans vues d’ensemble, bien plus préoccupés de politique que de guerre.

«Je n’ai plus qu’un parti à prendre, écrivait-il à un ami fidèle, me faire oublier. Je vais m’appliquer à mon métier à la façon des bœufs qui tracent un sillon sans souci de savoir à quoi il servira. Et si avantageuses que puissent être mes idées, eh bien! je les garderai pour moi. C’est un fâcheux métier que celui de conseiller et qui ne rapporte que des ennemis, qu’on ait tort ou raison...»

C’était une sage résolution; mais, avec son caractère, plus facile à prendre qu’à exécuter.

Et dès que le général Dillon fut arrivé, après lui avoir remis son commandement, son premier soin fut de lui communiquer ses vues et d’essayer de le déterminer à la guerre offensive.

Le malheur est que le général Dillon avait toutes sortes de mauvaises raisons pour ne pas écouter Dumouriez.

D’abord, il avait toujours déclaré hautement, lui, Dillon, qu’à un fou seul pouvait venir la pensée d’attaquer, quand on avait déjà bien du mal à se défendre.