De plus, il n’avait pu voir sans une jalousie secrète l’influence de Dumouriez sur les troupes, et à quel point il était chéri de ses soldats.

Enfin, les flagorneurs de son état-major ne cessaient de lui répéter à la journée que Dumouriez, parce qu’il avait été ministre, affectait de grands airs de supériorité, frondait les autres généraux et faisait obstacle à leur autorité.

Mais Dillon, avec toutes sortes de travers, était un trop honnête homme et trop loyal pour abuser de son pouvoir et molester un officier dont il ne pouvait s’empêcher de reconnaître le mérite.

Il se contenta donc de remercier froidement Dumouriez de ses avis, disant qu’il aviserait...

Et il le relégua derechef au camp de Maulde, augmenté toutefois de quelques troupes qui portaient l’effectif à vingt-trois bataillons, tant de volontaires que de ligne, et à cinq escadrons de dragons.

Avec douze ou treize mille hommes sous ses ordres, Dumouriez redevint lui-même, il ne désespéra plus de l’avenir.

Voyant autour de lui ses armées se fondre, tous les liens de la discipline se relâcher, des régiments entier se débander, il comprit que le jour était proche où la France se trouverait sans défense contre les âpres convoitises de ses ennemis...

Et il conçut le projet de former une troupe d’élite qui, à l’heure du danger de la patrie, deviendrait le cadre d’une armée de salut.

Dès lors, il n’y eut plus une minute de son temps qui ne fut consacrée à la réalisation de ses desseins.

Du matin au soir, sous le soleil ou sous la pluie, on ne voyait que lui, à cheval, insoucieux de son vieil uniforme tout délabré.