Il n’était pas un détail d’administration qui échappât à son incessante vigilance. Les vivres, les munitions, les équipements, il examinait tout. Ah! ce n’est pas à lui qu’on eût livré pour ses soldats ces fameux souliers de carton qui furent un des scandales de 93.

Avec une patience infatigable, il formait les instructeurs qui devaient ensuite former ses troupes.

Et la nuit venue, il réunissait les officiers dans sa tente, et les leçons continuaient encore.

De même que les soldats il couchait sur la dure, roulé dans son manteau. Et, le plus souvent, c’est à la marmite de quelque bataillon qu’il envoyait chercher son dîner.

Le voisinage de l’ennemi, le péril continuel écartaient l’ennui de cette existence... Et pour lui donner une teinte romanesque, il y avait là les deux demoiselles Fernig, en costume de hussards, qui faisaient les fonctions d’aides de camp du général.

Dumouriez avait commencé par former deux corps de flanqueurs de quatre à cinq cents hommes chacun, qui allaient tous les jours en reconnaissance.

Ils étaient renouvelés tous les huit jours, officiers et soldats, excepté l’état-major, et pris à tour de rôle dans tous les bataillons, pour que chacun y passât à son tour, et s’accoutumât à l’ennemi et à la fatigue.

Chaque commandant de détachement recevait de la main du général une instruction au dos de laquelle était tracée une carte du pays qu’il avait à parcourir, où étaient marqués les chemins, les ponts, les villages, les censes, les moulins, les bois par où il devait passer en allant et revenant, ainsi que les points d’attaque et les endroits où il devait laisser des postes.

Ces reconnaissances étaient presque toujours heureuses, et ramenaient au camp des chevaux, du bétail et des prisonniers.

Il n’y avait au camp ni oisiveté ni cabales.