Et, dans ce cas, c’est surtout sur ses soldats du camp de Maulde qu’il comptait pour une de ces entrées en campagne dont la hardiesse et la rapidité déconcertent l’ennemi.
La nuit même qui suivit la communication des députés, le plan de campagne de Dumouriez fut arrêté dans son esprit, rédigé et envoyé sous forme de mémoire à l’Assemblée nationale.
Et dès le lendemain, il s’employait avec sa foudroyante activité à organiser son armée d’invasion et à lui donner des chefs...
Malheureusement, ce dernier point présentait d’énormes difficultés... Les généraux lui obéiraient-ils?... Et s’ils n’osaient pas se révolter ouvertement ne mettraient-ils pas à suivre ses instructions cette maladresse habile qui fait avorter les combinaisons les mieux calculées...
Mais chez Dumouriez, le général de génie était doublé d’un diplomate de premier ordre.
Intéresser au succès une douzaine de généraux, ménager les amours-propres et caresser les prétentions, utiliser les rivalités, éveiller et tenir en haleine toutes les ambitions, devait n’être qu’un jeu pour l’ancien agent secret de M. de Choiseul, pour l’homme qui avait été un moment sur le point de reconstituer la Pologne...
Sa première tentative fut un coup de maître.
Il décida Dillon, son ancien, Dillon qui, bien évidemment, se croyait plus de droits que lui à la direction suprême de la guerre, Dillon avec qui constamment il s’était trouvé en opposition, et dont la veille encore il n’était que le lieutenant, il le décida à entrer dans ses vues et à concourir à l’exécution d’un plan dont la veille encore il se moquait au milieu des rires de son état-major...
Mais il était écrit que toujours des événements imprévus traverseraient le projet favori de Dumouriez.
Il avait tout disposé pour se jeter sur les Pays-Bas; ses lieutenants avaient reçu leur ordre de marche; on avait distribué aux troupes les vivres de campagne. La confiance était absolue, l’enthousiasme immense, et le mouvement devait commencer le surlendemain...