Quand arriva au camp de Maulde un nouvel émissaire de l’Assemblée, sans caractère officiel, il est vrai, mais qui n’en apportait pas moins le dernier mot du ministère...
Cet émissaire était Westermann.
Alsacien de naissance, dissimulant sous les apparences d’une bonhomie de paysan l’esprit délié d’un diplomate consommé, Westermann était l’ami de Danton, ministre de la justice alors, et tout puissant, ami dévoué et fidèle jusqu’à la mort.
Nommé lieutenant-colonel après le 10 août, où il avait été le bras de la Révolution armée, Westermann gardait la tête froide à une époque où le délire emplissait tous les cerveaux.
Il comprenait la situation, et osait dire, à un moment où c’était une audace, que la discipline seule, et une discipline de fer, pouvait reconstituer notre armée, qui seule pouvait nous sauver.
Il voulait qu’on exigeât des moindres officiers certaines connaissances, et qu’on ne distribuât pas les grades aux plus bruyants parleurs... Il prétendait que le soldat qui reçoit un ordre doit l’exécuter et n’est pas un esclave parce qu’il obéit... Il soutenait que chasser un général uniquement parce qu’il était noble, était stupide... Il s’indignait d’entendre qualifier de traître tout officier malheureux...
Un tel homme devait ressentir pour Dumouriez une vive sympathie.
Aussi, les vit-on se promener bras dessus bras dessous pendant plus d’une heure devant la tente du général en chef.
Que se disaient-ils?... Voilà ce que tout le camp se demandait. Impossible de rien entendre, de saisir même un mot de l’entretien. Les factionnaires tenaient les curieux à distance.
Même, les demoiselles Fernig essayèrent vainement de forcer la consigne.