L’avant-garde, de six mille hommes, occupait sur la rive droite de la Meuse, sur les hauteurs de Vau, une sorte de camp dont la défense eût exigé pour le moins quarante mille hommes.

Le corps d’armée, qui ne comptait pas dix-huit mille soldats était campé à trois lieues en arrière, sur les hauteurs qui dominent Sedan.

Jamais position ne fut plus mal choisie.

Tout le monde le comprenait si bien que la consternation était générale.

Les soldats regardaient tous les officiers comme des traîtres et prenaient ce prétexte pour ne conserver ni discipline ni obéissance.

Les officiers, de leur côté, craignaient tant leurs soldats qu’ils n’osaient rien commander.

Personne ne donnait d’ordres, les vivres n’arrivaient plus, les munitions manquaient, des régiments entiers s’éparpillaient jusqu’à deux lieues à la ronde pour marauder.

Et certainement, si le duc de Brunswick eût poussé sur Sedan seulement dix mille hommes, l’armée française se débandait, se réfugiait dans les places fortes ou s’enfuyait jusque sous Paris.

Arrivé sans équipages, Dumouriez commença par se procurer un cheval frais, et tout aussitôt passa ses nouvelles troupes en revue.

On les avait de longue main prévenues contre lui.