—Mais, pour atteindre ce but, citoyens représentants, ajoutait Dumouriez, il faut que l’Assemblée nationale et l’armée n’aient qu’une seule et même pensée: chasser l’ennemi. Nous ici, nous saurons verser jusqu’à la dernière goutte de notre sang; vous à Paris, sachez oublier vos rivalités... Pour qui aime sa patrie, il ne peut plus y avoir qu’un cri: «Dehors les Prussiens et vive la France.»

Le soir même du départ des représentants, Dumouriez rassembla un grand conseil de guerre, dans la misérable auberge où il avait établi son quartier-général.

Il y avait réuni le lieutenant-général Dillon, quatre maréchaux de camp, Vouillers, Chazot, Dangest, Dietman, l’adjudant-général Thouvenot et enfin son commissaire ordonnateur Petiet, homme d’un vrai mérite...

«Leur ayant présenté une carte de la Champagne, il leur exposa que les Prussiens ayant pris Longwy et Verdun, menaçant Metz, il ne fallait pas songer à une jonction avec le maréchal Luckner.

»Que, de quelque côté que ce fût, il n’y avait à espérer aucun renfort avant quinze ou vingt jours...

»Que force était donc de ne compter que sur la petite armée réunie autour de Sedan, que seule elle était chargée du salut de la Patrie...

—Notre armée, continuait-il, est des trois-quarts inférieure à celle de l’ennemi c’est vrai; mais notre cavalerie est la meilleure qu’il y ait actuellement en France, et notre infanterie, composée de régiments de ligne et de bataillons de gardes nationales non soldées, a été aguerrie par plus d’une année de campement, de marches et d’escarmouches continuelles... Enfin, notre artillerie est excellente et compte plus de soixante pièces de parc, outre les canons des bataillons...

«Passant de cet exposé de notre position à l’examen de la situation de l’ennemi, il ajoutait que les Prussiens seraient naturellement retardés et affaiblis par la nécessité de faire des siéges et d’assurer leurs communications, par la difficulté de trouver des vivres, par la longueur de leurs convois, par leur nombre même et surtout par l’énorme quantité de leur artillerie tant de siége que de campagne.

»Enfin, la présence du roi et de quantité de princes traînant après eux des équipages brillants et des nuées de domestiques, ne devait pas peu contribuer à appesantir et à embarrasser la marche en avant de l’armée prussienne.»

La conclusion de Dumouriez était que rester à Sedan serait une faute irréparable, et qu’il fallait prendre un parti.