C’était la première fois que Dumouriez rassemblait un conseil de guerre, et jamais, dans la suite, tant qu’il commanda des armées il n’en rassembla.

Son avis était que la décision doit venir de celui qui a la responsabilité, et que communiquer ses plans à ses subordonnés ne convient qu’à des généraux faibles et incertains, et qui cherchent à se ménager des excuses en cas de revers.

Mais en cette circonstance, Dumouriez voulait tâter le caractère et l’esprit de ses généraux, et essayer de découvrir sur qui il pourrait le plus sûrement s’appuyer.

Le lieutenant-général Dillon ouvrit l’avis «de mettre la Marne devant soi, et de gagner Châlons avant que l’ennemi s’y portât.

»Il montra sur la carte que les Prussiens en étaient plus près à Verdun que les Français à Sedan.

»Il dit avec beaucoup de justesse que si l’ennemi nous y prévenait il serait entre Paris et nous, et que le salut de la capitale importait plus que la conservation d’une province que nous n’étions pas sûr de défendre efficacement...»

Dillon concluait donc «à laisser le général Chazot avec quelques bataillons seulement à Sedan, et à marcher rapidement avec le reste de l’armée derrière la forêt de l’Argonne, par Sainte-Menehould, pour gagner Châlons et même Reims, si Châlons était déjà occupé.

»On se porterait ainsi derrière la Marne, on en défendrait le passage et on y attendrait les renforts qui viendraient de partout et permettraient de reprendre l’offensive...»

Cet avis était appuyé de raisons si fortes, qu’il fut adopté par tout le conseil.

Dumouriez alors se leva, dit qu’il réfléchirait, et ordonna à Dillon de replier l’avant-garde, dont il lui donnait le commandement, de la ramener à la gauche de la Marne, et de la camper autour de Mouzon.