Le conseil se sépara et Dumouriez ne retint près de lui que l’adjudant-général Thouvenot.
Il l’avait attentivement étudié tant qu’avait duré la conférence et avait cru deviner en lui une intelligence supérieure et des rapports singuliers avec son caractère à lui, Dumouriez.
Il ne s’était pas trompé, et c’est de ce jour que Thouvenot devint son ami et son bras droit.
Très instruit, versé dans les détails des campements, des reconnaissances et des marches, doué d’un grand courage, d’une infatigable activité et d’une extraordinaire fécondité d’expédients dans les moments difficiles, Thouvenot était le meilleur lieutenant que pût souhaiter un général en chef.
Dès qu’ils furent seuls, Dumouriez lui dit qu’il n’approuvait pas la retraite sur Châlons.
C’était abandonner la Lorraine, les Evêchés et les Ardennes, les reprendrait-on ensuite, quand l’ennemi s’y serait fortifié?
C’était de plus risquer d’avoir bientôt les Prussiens sur ses talons, auquel cas la retraite ne tarderait pas à dégénérer en déroute.
En se retirant derrière la Marne, on ne pourrait faire autrement que de sacrifier Châlons, Soissons et Reims...
On ferait couper forcément d’un côté l’armée laissée au camp de Maulde, et de l’autre l’armée de Luckner.
Puis, après avoir traversé la Champagne pouilleuse, les Prussiens ne trouveraient-ils pas abondamment des vivres dans les riches campagnes de Reims et d’Epernay?...