Prendre position à Châlons, c’était ouvrir au roi de Prusse et à son généralissime Brunswick, la route de Paris, soit par Reims ou Epernay, soit par Vitry et Troyes...
Et encore, qui garantirait qu’une fois maître des Ardennes et de la Lorraine, ils ne s’y cantonneraient pas pour y passer l’hiver en attendant des renforts.
Enfin, était-on sûr de pouvoir défendre à Châlons le passage de la Marne? Assurément non.
Ce qui était certain, malheureusement, c’est que le passage forcé, les Prussiens ramèneraient la faible armée française jusqu’à Paris ou la détruiraient en route, grâce à leur nombreuse et magnifique cavalerie...
Convaincu par cet exposé si précis, Thouvenot se tut...
Et alors Dumouriez montrant du doigt sur la carte la forêt de l’Argonne.
—Voilà, s’écria-t-il, d’un accent inspiré, voilà les Thermopyles de la France. Si j’ai le bonheur d’y arriver avant les Prussiens tout est sauvé!...
Le danger de la patrie venait de hausser jusqu’au génie les talents militaires de Dumouriez.
Thouvenot le comprit si bien, que, tout vibrant d’enthousiasme, il lui sauta au cou en s’écriant:
—Maintenant la France est sauvée!...