Et tous deux se mirent à détailler cet admirable plan.
Les avantages en étaient immenses.
D’abord, nous ne reculions pas, nous ne nous réduisions pas à la Marne pour unique et suprême ligne de défense; puis nous faisions perdre aux Prussiens un temps précieux et nous les obligions à séjourner dans la Champagne-Pouilleuse, dont le sol désolé ne pouvait suffire à l’entretien d’une armée de cent mille hommes.
Arrêtés à la forêt de l’Argonne, les Prussiens n’essayeraient-ils pas de la tourner?
C’était possible, c’était même probable.
Oui, mais s’ils remontaient vers Sedan, les forteresses des Pays-Bas devaient leur barrer le passage; et si, au contraire, ils se portaient sur Metz, l’armée du centre, commandée par Kellermann, serait là pour leur tenir tête et permettre à Dumouriez d’accourir et de les prendre entre deux feux.
Mais il faut, mes amis, que je vous donne une idée exacte du terrain que Dumouriez avait choisi pour y jouer les destinées de la France.
La forêt de l’Argonne est une lisière de bois qui se prolonge de Sedan jusqu’à Passavant, à une forte lieue au delà de Sainte-Menehould.
D’autres parties de bois, entremêlées de plaines, courent vers Bar-le-Duc, dans la direction de Révigny-aux-Vaches...
Mais l’Argonne, proprement dite, ne s’étend que jusqu’à Passavant, c’est-à-dire sur une longueur de treize lieues.