Cette ferme attitude de Dumouriez lui valut presque une victoire, en ce sens qu’elle lui fit un parti parmi tous les gens de bon sens qui n’avaient pas contre lui de griefs personnels.

Le général Chazot disait:

—«Ce cadet-là ne serait pas si pimpant s’il n’était pas bien sûr du résultat de ses combinaisons. Taisons-nous donc et aidons-le de notre mieux.»

Les autres, réduits à dissimuler leur mécontentement, prirent le parti d’écrire à Paris, pour se plaindre du général en chef, peignant la situation sous des couleurs plus sombres encore que la réalité, s’efforçant de démontrer à leurs amis de l’Assemblée nationale, que cette forêt de l’Argonne où on s’engageait allait devenir le tombeau de l’armée française.

Informé de leurs manœuvres, Dumouriez ne leur en faisait pas plus mauvaise mine.

—«Ce sont des entêtés, disait-il à Thouvenot, et je n’ai qu’un moyen de les convaincre... c’est de vaincre.»

Tout autre général eût été peut-être forcé de céder aux murmures et de modifier son plan, mais Dumouriez, par grand bonheur, avait près de lui et pour lui, toujours prêt à le soutenir et à répondre de lui, Westermann, qui représentait la pensée et la volonté de Danton, alors ministre de la justice et tout puissant aussi bien au conseil des ministres qu’à l’Assemblée.

Or, Westermann ayant adopté d’enthousiasme les plans du général en chef, ne permettait pas qu’on les discutât.

Tâté par Dillon, qui essayait, à mots couverts, de prédire un échec prochain, il le regarda fixement et lui dit ces mots, dont la signification à cette époque était terrible au point de faire pâlir les plus braves:

—Le souhaiteriez-vous?... Il faut le dire.