Une heure après, la garnison du fort était prisonnière, et le lendemain le château avec ses six mille défenseurs était au pouvoir de Laveneur...

Eh bien! c’est à cet homme que Dumouriez fit rendre la veste de simple hussard...

Grande, il faut bien le dire, fut la surprise des soldats, mais l’effet fut admirable, et peut-être décisif, tant il est vrai que souvent des circonstances infimes produisent d’immenses résultats. Ce fait décida de la discipline de l’armée. Les plus mutins des volontaires se disaient entre eux.

—Il ne plaisante pas, le général.

Et voyant obéir sans récriminations un homme de la trempe de Laveneur, avec énormes moustaches, son air terrible et son bonnet de police sur le côté, ils ajoutaient:

—Nous ferons bien d’obéir, nous aussi...

Tout réussissait, d’ailleurs, à Dumouriez, en ces commencements d’une campagne qui allait décider du sort de la France... Les événements le récompensaient de la rapidité de ses décisions et de sa prévoyance.

A chaque pas, pour ainsi dire, du difficile mouvement qu’il exécutait pour prévenir les Prussiens aux défilés de l’Argonne, une nouvelle favorable lui arrivait.

L’avant-garde prussienne, tombant en plein dans le piége qu’il avait tendu, s’était retirée devant la démonstration de Dillon... On lui annonçait de Châlons quelques pièces d’artillerie... Les troupes du camp de Maulde, à la seule idée de rejoindre leur général adoré, faisaient deux étapes par jour... Kellermann venait de lui envoyer un de ses aides de camp pour lui promettre le concours le plus dévoué...

Enfin le 4 septembre 1792, Dumouriez put respirer... Il tenait une partie des défilés de l’Argonne, et il était de sa personne campé à Grand-Pré.