Et les lettrés d’entre eux—car il était des génies littéraires, dans ces armées du dévouement et de la liberté—les philosophes ajoutaient:
—Qu’ils nous tuent, ces Prussiens, l’idée qui est en nous, l’idée de liberté s’échappera de nos blessures béantes et nous vengera!...
J’étais là, mes amis, mon âme s’exaltait à ces saints enthousiasmes, et en moi-même je me disais:
«O France, mère adorée et sacrée, mère pour qui nous sommes prêts à verser notre sang jusqu’à la dernière goutte, France, si jamais dans l’avenir un tel péril revenait pour toi, veuille Dieu que tes enfants, les nôtres, soient dignes de nous et qu’ils sachent mourir avant que tu ne sois frappée, ô Patrie!...
Cependant, nous étions déjà au 13 septembre...
La saison pluvieuse rendait les chemins détestables.
Les Prussiens, après avoir consommé les vivres qu’ils avaient trouvé dans Longwy et Verdun, achevaient de dévorer le pays déjà épuisé par l’armée française, et en étaient réduits à tirer difficilement leur subsistance de Trêves et de Luxembourg.
Les garnisons de Sedan, Montmédy, Thionville, Metz, même, allaient leur faire une guerre implacable, inquiéter leur ligne de retraite, menacer leurs communications et couper leurs convois.
Beurnonville allait arriver le 14 à Rhétel, à dix lieues de Grand-Pré, avec des renforts.
Kellermann allait être le 18 à Bar, d’où sa jonction ne serait plus qu’une question d’adresse et de manœuvres.